La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

Il était une fois une jeune princesse qui s'appelait Blanche-Neige. Sa marâtre, la Reine, hautaine et cruelle craignait qu'un jour la beauté de Blanche-Neige ne surpassât la sienne. Elle couvrit la jeune princesse de haillons et la força à travailler comme Souillon.

Chaque jour l'orgueilleuse Reine consultait son Miroir Magique :
"Miroir Magique sur le mur qui a beauté parfaite et pure ?" et chaque fois que le Miroir lui répondait "Reine, tu es la plus belle de toutes" Blanche-Neige était protégée contre la jalousie de la Reine.

LE POLISSAGE D'UNE PIERRE PRÉCIEUSE DE DISNEY
La restauration de la bande originale de Blanche-Neige et les Sept Nains - 1993
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La Première Bande Originale de Film au Monde
Blanche-Neige et les Sept Nains est le premier long métrage de dessins animés de Walt Disney. Ce fut aussi son plus gros risque financier et son plus spectaculaire succès. Mais ce qui est moins connu, c'est que le film a donné naissance à une étape importante dans l'histoire du disque : la première bande originale de film au monde. Réalisé par RCA Victor Records en 1938, la bande originale de Blanche-Neige incluait cinq chansons du film, mais pour la première fois, ces chansons étaient les mêmes que celles que l'on pouvait alors écouter dans le film. Avant, des réinterprétations plus ou moins fidèles étaient monnaie courante pour les albums de musique de film.

Blanche-Neige et les Sept Sources
Blanche-Neige et les Sept Nains est le film le plus riqué jamais réalisé par les studios. Cependant, et c'est surprenant, il existe peu de documents sur la production originale, surtout dans le domaine musical. Notre recherche, pour cet album mis à jour le triste fait que la musique complète sur bandes n'existait plus : nous nous embarquions alors à la recherche d'autres sources sonores.
Heureusement, nous avons pu localiser des pistes instrumentales de Blanche-Neige sur nitrate optique - alors qu'elles étaient sur le point de rejoindre les archives de la Bibliothèque du Congrès. Mais, même ces pistes sur nitrate optique, qui contiennent les enregistrements originaux réellement utilisés en 1938, n'étaient pas complètes. Pour combler les morceaux manquants, nous recherchions et finalement localisions enfin cinq autres musiques et des effets musicaux originaux de Blanche-Neige comme un original plutôt composite (musique + effet + chant + dialogue).
Avec ces pistes originales en main - sept sources sonores en tout - notre travail commença sérieusement. Notre mission était de rassembler la plus complète bande musicale possible et de rester fidèle au maximum aux enregistrements originaux comme la technologie et la chance pouvaient nous y autoriser. Nous avons recréé le mètre de musique comme elle avait été composée et pour ceci nous avons suivi la partition originale de l'orchestre. Nous avons également utilisé les segments parlés de Blanche-Neige (des dialogues synchronisés avec la musique) qui n'avaient jamais été utilisés avant. Et finalement, à travers la restauration digitale, nous enlevions avec délicatesse les bruits parasites de l'original et réparions les cassures acoustiques. Le programme entier était alors digitalement équalizé et masterisé.

La Restauration Digitale. Nous Faisions un Voeu et Prenions un Octet
 Pendant la recréation et la restauration, nous avons utilisé un total de quatre ordinateurs Apple MacIntosh IIci chacun équipé avec un logiciel et un matériel spécifique. Les sept sources de la piste originale absorbaient à elles seules une quantité énorme de place sur le disque dur - plus de 3,6 gigaoctets ! Nous réalisions bientôt que si la technologie numérique informatique n'avait pas existé, cette restauration n'aurait pas pu être possible.

Un Hommage à Soi-Même
Nos travaux furent payants dans le sens où nous avons le sentiment d'avoir rassembler la plus complète bande originale de Blanche-Neige jamais compilée. Sauvée de la détérioration juste à temps, cet album regroupe la musique de Blanche-Neige comme elle ne vous avait jamais été présentée avant. Celui-ci est plus qu'un hommage à soi-même, c'est un hommage au dessin animé rénové de Walt Disney et au monde magique de la musique chez Disney. Régalez-vous !

Randy Thornton et Michael Leon
Producteurs de l'album. Janvier 1993

Nouvelle note du producteur, 1997

Comme chacun sait, Blanche-Neige et les Sept Nains fut le premier long métrage d'animation. Mais ce qui est moins connu, c'est que le film a donné naissance à une étape importante dans l'histoire du disque : la première bande originale de film au monde. Réalisé par RCA Victor Records en 1938, la bande originale de Blanche-Neige incluait cinq chansons du film, mais pour la première fois, ces chansons étaient les mêmes que celles que l'on pouvait alors écouter dans le film. Avant, des réinterprétations plus ou moins fidèles étaient monnaie courante pour les albums de musique de film.
Quand je commençai à restaurer ce classique de la bande originale, ma recherche révéla que les pistes complètes de musique et les pistes séparées de dialogues n'existaient plus. Il semblait alors que nous aurions une toute petite bande originale, pas meilleure de celle qui était sortie à l'époque. Heureusement, Scott MacQueen - du département restauration de la bibliothèque du studio - localisa un ensemble de pistes originales sur nitrate optique de Blanche-Neige alors qu'elles étaient sur le point de rejoindre la Bibliothèque du Congrès. Bien que ces sources n'étaient pas complètes, elles me donnèrent un excellent point de départ. Pour combler les éléments manquants, je cherchai et finalement trouvai six autres sources (sept en tout). Nous pouvions alors faire de la musique de Blanche-Neige la plus complète jamais réalisée.
Le travail pouvait alors réellement commencer. Ce ne serait pas facile de faire en sorte que ces différentes sources de diverses périodes semblent les mêmes. Je téléchargeai chaque source dans l'ordinateur. Plus de 1 000 montages furent nécessaires pour reconstituer la musique originale. J'utilisai le manuscrit original de l'orchestrateur, qui me permettrait de recréer le mètre de musique tel qu'il avait été composé. Ensuite, chaque source fut individuellement isolée, numériquement équalizée et débarrassée de tout bruitage, en utilisant les nitrates originaux. Il était alors évident que sans la flexibilité permise par la technologie numérique, cette restauration n'aurait jamais été possible. J'ai ainsi pu atteindre mon but non seulement en sauvant la bande originale de la détérioration, mais aussi en compilant la plus complète bande originale de Blanche-Neige jamais réalisée préservée pour les générations à venir.

Randy Thornton,
Producteur de la Restauration,
15 janvier 1997

PS : Avec la nouvelle sortie de cette bande originale [en 1997], sept secondes de la musique qui avait été oubliée dans Premier Baiser d'Amour (Final) en 1993, sont désormais incluses.

Blanche-Neige et les Sept Nains
Pierre Tchernia raconte le chef d'oeuvre de Disney pour la première fois en vidéo en 1993. 

Pierre Tchernia se souvient d'avoir été un enfant fasciné par "les petits Mickey" comme disaient les adultes en parlant avec un brin de mépris des héros de cartoons et de BD. Il était sorti bouche bée de la salle de cinéma où il avait découvert à 10 ans, Blanche-Neige, le premier long métrage de l'histoire du dessin animé. Pour lui, Walt Disney, c'est le contraire d'Al Capone. C'est pour cela qu'il l'a surnommé "l'Ami Public numéro 1", et qu'il a donné ce titre à l'émission consacrée au père de Donald et de Bambi et qu'il a présenté de 1961 à 1979. Il a interviewé longuement le grand Walt et a eu accès aux trésors des archives des Studios Disney. "Quand Disney s'est lancé dans la production de Blanche-Neige en 1933, tout Hollywood l'a considéré comme un cinglé, surtout ses banquiers qui appelaient le film "la folie Disney". Comme ses ancêtres, qui avaient conquis le Far West, il avait ce côté pionnier, homme d'entreprise très américain. Imaginez qu'il a créé le personnage de Mickey en 1927 et que moins d'un an plus tard, entendant parler du cinéma sonore, il a aussitôt mis en chantier le premier Mickey parlant, Steamboat Willie, et la petite souris devint un personnage célèbre dans le monde entier. Cinq ans après, il réalisa son premier film en technicolor, Des arbres et des fleurs. Walt Disney est également un génie de la pub".
En 1938, ce n'est pas le petit Pierre Tchernia qui l'aurait démenti. Il dévorait du chocolat Meunier à pleines tablettes au risque d'attraper une crise de foie. La raison : "Les images de Blanche-Neige qu'on trouvait à l'intérieur et que je collais sur deux albums. Au moment de la débâcle, en 1940, il ne m'en manquait que 2 sur 120. Il y avait aussi les chansons, Un Jour Mon Prince Viendra ou Heigh-Ho dont les textes et les partitions se vendaient dans les cours et les rues".

Pierre Tchernia connaissait par coeur les courts métrages de Mickey dont il allait se régaler dans les salles Cinéac du côté des gares Saint-Lazare ou Montparnasse, à Paris : "Des programmes d'une heure que les gens avaient juste le temps de voir entre deux trains : trois films d'actualités en documentaires et deux dessins animés". Mais Blanche-Neige quel choc : "C'était la première fois que ma mère m'emmenait aux Champs-Élysées, dans un cinéma d'exclusivité.J'ai tout de suite préféré Simplet. Pour moi, il était devenu mon petit frère. C'était le seul qui n'avait pas de barbe. La scène qui m'a fait le plus peur, c'était la transformation de la reine en sorcière. On dirait une héroïne de bande dessinée sado-maso".
Le principal défi de Blanche-Neige pour Disney était de convaincre ses collaborateurs que dessin animé pouvait rimer avec long métrage, longue durée : "Il avait un talent invraisemblable de conteur. Après avoir relu le conte des frères Grimm, un soir, il a réuni toute son équipe et s'est mis à mimer tous les personnages. Le lendemain tout le monde se mettait à l'ouvrage : trois années de préparation".

Parfois l'argent manquait. Il a même fallu abandonner certaines séquences, comme celle de la soupe, que Pierre avait retrouvée dans les archives Disney et diffusé à la télé dans "L'Ami Public n° 1" : "Il y avait la musique et les bruitages, mais les dessins noir et blanc n'étaient pas gouachés. On y voit les nains manger comme des cochons et Blanche-Neige leur apprendre comment se tenir à table". Pierre Tchernia avait passé en 1962 plus de huit jours aux studios Disney pour un reportage à l'occasion de la ressortie, déjà, de Blanche-Neige. Il y garde un souvenir irréel de l'interview de Walt Disney : "Comme beaucoup de studios à Hollywood, Burbank est un lieu planté d'arbres et chaque service est installé dans un bungalow d'un étage. Le bureau de Walt Disney était ainsi. Nous parlions depuis quelque temps, mais j'étais inquiet".

Le cameraman (fourni par le studio) n'arrivait pas. "Un de ses collaborateurs entre alors. Walt Disney se lève, je le suis, nous traversons les allées et nous nous retrouvons alors dans un studio où le décor reconstituait son bureau à l'identique". Il trouvait cela plus commode et estimait que le travail serait meilleur.Il était loin le temps où il dessinait ses premiers personnages dans un garage !

1993 : Version Restaurée avec 9 minutes de plus
La vidéo de Blanche-Neige et les Sept Nains fut un véritable événement. D'après un sondage très fiable, c'était même le film le plus attendu par les possesseurs de magnétoscope. Le film a été entièrement restauré image par image, pour leur restituer toute leur splendeur originale. Il y a un plus : neuf minutes d'un document exclusif à la fin de la cassette, avec dans son intégralité la séquence de la soupe qui n'avait pas été retenue au montage final, comme le raconte si bien Pierre Tchernia. C'est Lucie Dolène qui prête sa voix à Blanche Neige, tandis que la reine a celle de Claude Gensac, la partenaire de Louis de Funès dans les Gendarmes et Atchoum celle de Jean Daurand (Dupuy dans les premières Cinq dernières minutes).

Piste - Titre - Segment Musical Individuel - Compositeur

1. Ouverture
Un Chant (Morey-Churchill)
Un Jour Mon Prince Viendra (Morey-Churchill)

2. Miroir Magique
Miroir Magique (Harline)

3. Je Souhaite / Un Chant
Je Souhaite (Morey-Churchill) 
Interlude (Harline)
Un Chant (Morey-Churchill)

4. Le Thème de la Reine
Le Thème de la Reine (Churchill) 

5. Loin dans la Forêt
Un Chant (Morey-Churchill)
Hé, Là Bas ! (Churchill)
Musique Dramatique (Smith)
Montage (Churchill-Smith)

6. Mes Amis les Animaux / Un Sourire en Chantant
Mes Amis les Animaux (Churchill-Harline) 
Un Sourire en Chantant (Morey-Churchill)

7. Comme une Maison de Poupée
Découverte (Churchill) 
Exploration (Smith)
Dans la Petite Maison (Churchill)

8. Sifflez en Travaillant
Sifflez en travaillant (Morey-Churchill)

9. Heigh-Ho
On Pioche Tic-Tac (Morey-Churchill)
Heigh-Ho (Morey-Churchill)

10. Qu'il y a-t-il à l'Etage ?
Etonnés (Churchill) 
Thème de la Tortue (Smith)
Etonnés (Churchill)
Berceuse (Churchill-Smith)

11. Il Y a de l'Orage dans l'Air
Heigh-Ho (Morey-Churchill) 
Interlude (Churchill-Harline)
Pleutre (Harline)
Quelque Chose Est Là Incident n°1 (Harline) 
Thème de Simplet (Churchill)
Incident n°2 (Harline)

12. C'est une Fille
Incident n°3 (Harline)
Perplexité (Churchill)
Incident n°2 (Harline)
Incident n°4 (Harline-Churchill)
Précipitation (Harline)
Incident n°5 (Churchill)
Interrogation (Harline)
Homme Heureux (Churchill)
Incident n°6 (Churchill-Harline)

13. Hourra, Elle Reste
Dans la Cuisine (Churchill)
On Mange (Churchill)
Mauvaises Nouvelles (Churchill)
Marche (Churchill)
Defi (Churchill)
"Sissy Stuff" (Churchill)

14. On se Lave !
On se Lave (Morey-Churchill)
Complot (Churchill)
On se Lave (Morey-Churchill)
Lutte (Churchill)
Thème de Simplet (Churchill)
On se Lave (Morey-Churchill)

15. Ah ! Le Piège !
Miroir Magique (Harline)
Descente dans les Oubliettes (Harline)
Musique de la Transformation (Harline)

16. La Tyrolienne des Nains
La Tyrolienne des Nains (Morey-Churchill) 

17. Un Jour Mon Prince Viendra
Un Jour Mon Prince Viendra (Morey-Churchill) 

18. Des Rêves Adorables
Hors du Lit (Smith) 
Des Rêves Adorables (Churchill)
Thème de Simplet (Churchill)
Prière du Soir (Smith)

19. Drôle de Mort
Thème Sinistre (Harline)

20. Grincheux se Sent Concrné
Matin dans la Campagne (Churchill-Harline) 
Thème de Simplet (Churchill)
Thème de Grincheux (Churchill-Harline)
Heigh-Ho (Morey-Churchill)

21. En Cuisine
Thème Sinistre (Harline)
Un Jour Mon Prince Viendra (Morey-Churchill)
Thème Sinistre (Harline)
Précipitation n°1 (Harline)
Thème Sinistre (Harline)

22. Goûtez un Morceau
Thème Sinistre (Harline)
Les Nains à la Rescousse (Harline)
Thème Sinistre (Harline)

23. Chorale pour Blanche-Neige
Chorale pour Blanche-Neige (Churchill) 

24. Premier Baiser d'Amour
Musique Transitionnelle (Churchill)
Un Chant (Morey-Churchill)
Musique Transitionnelle (Churchill)
Un Jour Mon Prince Viendra (Morey-Churchill)

25. Music in Your Soup
Music in Your Soup (Morey-Churchill)

26. You're Never Too Old to Be Young
You're Never Too Old to Be Young (Morey-Churchill) 

BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS Ses trois doublages

Par François JUSTAMAND
Remerciements à Lucie DOLENE,
Roger CAREL et Maxime BOMIER

Fleuron des studios Disney, Blanche Neige et les sept nains, premier long métrage d'animation, a été projeté pour la première fois le 21 décembre 1937 au Carthay Circle Theater de Los Angeles. Sa première représentation en France s'est déroulée quelques mois plus tard, au cinéma Marignan à Paris, le 4 mai 1938.

À cette époque, c'était, tout comme maintenant, la voix d'Adriana Caselotti qu'on pouvait entendre sur Blanche-Neige dans la version originale. En ce qui concerne sa voix française, doublage si lointain et tellement peu médiatisé, c'est un peu plus compliqué. La confusion est telle qu'une chanteuse de l'époque, Elyane Célis, avait enregistré en disque la célèbre chanson Un jour, mon prince viendra, qui avait connu un beau succès. Roger Carel, qui était alors enfant, se souvient : " Elyane Célis se produisait dans les salles de spectacle en longue robe blanche et chantait allongée sur un piano ". Mais la véritable interprète du doublage, et peu de gens le savent, est Lucienne Dugard pour le chant, et sans doute pour la voix parlée, comme se souvient Lucie Dolène, dont nous parlerons plus loin.

En 1962, les studios Disney décident de ressortir pour les fêtes de fin d'année ce grand dessin animé. Il est donc décidé de procéder à un nouveau doublage, la technique du son ayant déjà bien évolué. La S.P.S. (Société Parisienne de Sonorisation) fait appel à une jeune chanteuse, Lucie Dolène (née en 1931) pour devenir la voix chantée et parlée de Blanche Neige. Sa voix magique de soprane a bercé notre enfance et restera comme un grand choix artistique conjoint de la S.P.S et de Disney France.

Les autres comédiens qui ont participé à ce deuxième doublage sont : Jean Cussac, chanteur et comédien (le Prince), Claude Gensac (la Reine) qui fut au cinéma l'épouse de Louis de Funès dans la série des Gendarmes. Le reste de la distribution est constitué de comédiens plus âgés, orfèvres du doublage depuis des décennies : Marie Francey (la Sorcière) voix de Marlène Dietrich et de... E.T. l'Extra-terrestre !, Richard Francoeur (Prof) célèbre voix de Gary Cooper et Clark Gable dans les années 30-40, Léonce Corne (Grincheux), Maurice Nasil (Timide) voix de Danny Kaye dans les films de la RKO, Raymond Rognoni (Joyeux) qui a fait aussi beaucoup de doublages comme comédien et directeur de plateau, Jean Daurand (Atchoum) et Georges Hubert (Dormeur).

Près de 64 ans après sa sortie cinéma, Blanche Neige et les sept nains a effectué son retour en vidéo le 19 octobre dernier, et pour la première fois en DVD, dans le cadre d'une nouvelle sortie mondiale décidée par la Walt Disney Company. À ce sujet, un sondage était sorti dans la presse dans le courant de l'année passée afin de trouver les personnalités susceptibles de doubler Blanche Neige, le prince et la reine. Les noms souvent prononcés pour Blanche-Neige allaient de Laetitia Casta à Hélène Ségara en passant par Elsa et Alizée. " Le choix d'une vedette pour l'interprétation d'un rôle est l'aboutissement de longues discussions entre les services marketing, juridiques et artistiques. "C'est toujours compliqué, mais à chaque fois les responsables artistiques de Disney font en sorte que la vedette serve le film et ne se contente pas d'être juste une vedette " déclare Barbara Tissier.

La raison communiquée par Disney France d'effectuer ce nouveau doublage était de pouvoir sortir une copie du film en DVD avec une bande son en Dolby Digital 5.1 et aussi de " réactualiser les voix dans des souhaits conformes à ceux du public ". Mais pour quel public ? Au plus jeune sans doute, mais pas à celui cinéphile qui a encore à l'oreille le doublage avec Lucie Dolène. En fait, le problème n'était-il pas une question juridique liée à la voix de la chanteuse/comédienne ?

Dans le milieu du doublage, tout le monde (ou presque) sait que Lucie Dolène avait intenté une action en justice contre Disney en 1994 afin de toucher des royalties pour les chansons de ce dessin animé qu'elle avait interprétées. Procès qu'elle aurait gagné mais dont les conséquences ont engendré peut-être cette décision de faire ce troisième doublage.

La réponse de Disney France est tout autre (cf. DVD Vision, nov.2001) : " De tout temps, les films Disney ont fait l'objet de doublages réactualisés afin de coller au mieux au phrasé des nouvelles générations. (...) De plus, à partir du moment où notre société propose en 2001 de redécouvrir le film sous ses plus beaux atours (images nettoyées digitalement, recolorisation...), il convient dès lors de proposer également une bande son aussi pure que les images. C'est aussi simple que ça et ce n'est pas autre chose ! ".

D'un point de vue artistique, il semble que beaucoup de cinéphiles (ceux au moins qui apprécient les VF) soient contre les redoublages et en particulier contre celui-ci. À ce propos, Lucie Dolène, modeste, déclare pourtant : " La vie passe, il faut changer les choses croyant les mettre au goût du jour. Après tout, pourquoi pas ? ". Une belle leçon d'humilité.

Parlons donc maintenant de ce nouveau doublage si attendu. Il a été réalisé au printemps dernier au studio Cinéphase sous la direction de Barbara Tissier, comédienne et directrice de plateau des Disney, Tarzan et Dinosaure. Pour le choix des voix, après avoir pensé comme nous l'avons vu à louer les talents de vedettes (un choix artistique pas toujours appréciable selon nous), les studios Disney se sont donc réorientés vers des comédiens et chanteurs moins connus du grand public, mais dont les talents ne déméritent pas. Ces artistes, de l'ombre pour la plupart, sont des habitués des plateaux de synchro.

Nous avons voulu quand même poser la question à Disney France sur le fait d'avoir renoncé finalement à engager des vedettes. Leur réponse est la suivante : " Le casting imaginé au départ pour le redoublage du film nous a semblé tout à coup un peu trop " fashion " et du coup, terriblement marqué dans le temps. Un doublage reste en place entre 30 et 35 ans. Or avoir des personnalités trop modernes pour un film " éternel " n'était plus une bonne idée ! ".

Contrairement au doublage de 1962, où Lucie Dolène était la voix parlée et chantée de Blanche-Neige, Disney à fait appel à deux talents pour ce troisième doublage : Valérie Siclay (voix parlée) et Rachel Pignot (voix chantée). Valérie Siclay est une jeune comédienne de 29 ans née à Tahiti. Elle a doublé Tiffany Amber-Thiessen dans les séries Sauvé par le gong et Beverly Hills et Michelle Williams dans Dawson.

Le restant du casting comprend : Le Prince, rôle composé aussi de deux voix (Pierre Tessier - voix parlée et Olivier Cantore - voix chantée), la Reine (Katy Vail), le miroir magique (Jean-Claude Balard), Prof (Jean-Claude Donda), Grincheux (le populaire Gérard Rinaldi), Timide (Michel Mella), Joyeux (Jean-Loup Horwitz), Atchoum (Bernard Alane, comédien bien connu aussi), Dormeur (Patrice Dozier) et le garde chasse (Marc Alfos).

En ce qui concerne l'adaptation des Disney, comme l'a souligné Fred Taieb, alors Executive creative director Europe chez Disney, dans une interview en 1992 pour la sortie vidéo de Peter Pan : " Pour les chansons, les choix artistiques dépendent du produit, de sa connaissance par le public. La SACEM autorise en cas de redoublage l'exploitation de 10% du précédent texte. Pour Blanche Neige, on aurait fait rentrer Un jour, mon prince viendra dans le cadre de ces 10% ".

Pour ce qui est de l'adaptation de Blanche Neige, nous avons voulu poser la question à un spécialiste, Philippe Videcoq, auteur de doublages et directeur de plateau de nombreux Disney, dont Peter Pan. Bien qu'il n'ait pas travaillé sur ce long métrage, il nous dit : " Je crois savoir que le nouveau doublage de Blanche Neige a été nécessaire afin de faire un nouveau mixage en 5.1 avec une bande (musique et effets) restaurée. L'enregistrement des dialogues seuls du précédent doublage avait aussi disparu depuis longtemps. Je crois d'ailleurs qu'ils ont réutilisé les mêmes dialogues que pour la précédente VF. "

En conclusion, on peut remarquer que ce nouveau doublage est très fidèle à celui de 1962, tant au niveau du jeu des acteurs, que des dialogues et des chansons (à quelles petites exceptions près). Un tel mimétisme est même frappant ! Il reste cependant inférieur au précédent. En effet, il est rare qu'une copie puisse surpasser ou simplement égaler l'original.
Techniquement, n'aurait-on pas pu reprendre la version avec Lucie Dolène sortie en vidéo (stéréo !) en 1994 ? On aurait peut-être pu la mixer en 5.1, car après tout, la VO de 1937 est bien mixée en 5.1. ! Mais il est vrai que les américains ont toujours été en avance sur nous (surtout à cette époque) sur les techniques d'enregistrement et plus précautionneux sur la conservation des bandes.

Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à visionner (si ce n'est déjà fait) cette nouvelle version " restaurée " de Blanche Neige et les sept nains, en DVD collector de préférence car les bonus sont passionnants. Vous pourrez, entre autres choses, vous faire une opinion sur le doublage, puisque telle était la question de cet article, et comparer ainsi avec l'ancienne vidéo.