Surfant sur une période de succès depuis Cendrillon après les dures années de guerre, Walt Disney était déterminé à produire un autre nouveau long métrage animé basé sur un conte de fée traditionnel. Ainsi, en 1950, avec les adaptations des classiques de la littérature anglaise que sont Alice au Pays des Merveilles et Peter Pan déjà en chantier, son choix s'arrêta-t-il sur l'un des contes de fée les plus aimés du monde : la version élégante et romantique de La Belle au Bois Dormant d'après Charles Perrault.
Note du producteur
Quand la production de La Belle au Bois Dormant commença, Walt Disney pensa instantanément à la musique du ballet "La Belle au Bois Dormant" de Tchaïkovsky pour le film. Il incomba à George Bruns, directeur musical, d'adapter la musique du ballet pour le film, une tâche bien plus ardue que de composer une musique originale. George dû alors étudier de près les arrangements de Tchaïkovsky afin qu'il puisse imiter son style pour les transitions nécessaires du film. En même temps, il devait s'assurer du respect de l'intégrité de l'oeuvre originale. En relevant ce double défi, la musique de George Bruns atteignit de nouveaux sommets dans l'adaptation d'une composition existante pour une musique de film.
Sa musique pour La Belle au Bois Dormant bénéficia également du premier véritable enregistrement stéréo d'une bande-son. C'était en 1957 et pour bénéficier pleinement de cette nouvelle technologie, la totalité de la musique de l'orchestre fut enregistrée en Allemagne, où le meilleur équipement d'enregistrement était disponible. Après avoir écouté la musique, le producteur de Disneyland Records, Tutti Camaratta convaincut Walt que la musique seule était une expérience d'écoute merveilleuse. La bande originale de Blanche-Neige et les Sept Nains (réalisé par RCA en 1938) fut le premier disque de musique de film de l'époque, mais il incluait seulement les chansons. Tutti voulut élargir le concept de la bande originale de film en y incluant le plus de musique instrumentale possible. Le résultat contribua à imposer le standard de ce que nous connaissons maintenant comme des enregistrements de bande sonore.
En restaurant cette bande originale, j'ai eu la chance d'avoir les segments d'enregistrement de l'orchestre original, tout comme les segments d'enregistrement des choeurs. Ces sources de première main permirent une flexibilité qui n'avait pû être permise dans les restaurations ultérieures. Quand vous l'écouterez, vous savourerez une qualité sonore remarquable - limpide, vibrante et sans les effets sonores.
Randy Thornton.
Producteur de la Restauration Digitale.
5 janvier 1996.
Soulignons le formidable travail de composition et d'adaptation de George Bruns à partir de la musique de Tchaïkovsky. Pour relier des parties connues entre elles, il dut écrire des mélodies dans l'esprit du grand maître, prouesse admirablement menée et qui donne une autre dimension à ce film de luxe. Mais le luxe revient cher, 6 000 000 de dollars que Disney regretta bientôt : "J'avais dépassé le point de non-retour et devais le mener jusqu'au bout, c'est sûrement de tous nos films le plus beau et le plus exigeant, mais aussi le plus cher." Wolfgang Reitherman : "Nous avons fait tout notre possible pour que l'éloquence de la musique de Tchaïkovsky soit rejointe par la même perfection visuelle. Nous avons passé énormément de temps sur des détails et la caméra multiplane a été largement utilisée pour créer un effet tridimensionnel."
Christian Renaut, De Blanche-Neige à Hercule
"La Belle au Bois Dormant" (1959) débuta dans l'enthousiasme et s'acheva dans la désillusion. Ce devait être la plus spectaculaire des productions Disney de l'après-guerre. Eyvind Earle réalisa des décors inspirés des tapisseries médiévales et des peintures du début de la Renaissance, et les personnages furent conçus pour s'accorder à ces décors. On s'attacha également à élaborer des scènes qui tireraient le meilleur parti du format 70 millimètres Technirama et des potentialités de la caméra multiplane.
Malheureusement, la production de "La Belle au Bois Dormant" démarra à une époque où Disney était préoccupé par la réalisation de films à acteurs et par la construction de Disneyland. Le film comporte certes de bons moments — la fée Maléfique, animée par Marc Davis, est splendide —, mais le héros et l'héroïne manquent de personnalité et semblent perdus dans des décors trop sophistiqués et trop stylisés. Le sens du récit et le savoir-faire cinématographique de Disney sont rarement présents. Victime d'une production mal gérée, le film attendit six ans pour être achevé et lorsque finalement il sortit en salle, en 1959, il fut accueilli par des critiques négatives.
Christopher Finch, L'Art de Walt Disney de Mickey à Mulan
La Belle au Bois Dormant s'éveille
"La Belle au Bois Dormant" représenta une audacieuse incursion en territoire inconnu et s'avéra un coûteux échec. « J'ai été pris au piège, avouait Disney. J'avais dépassé le point de non-retour et je ne pouvais plus reculer »
La préparation du film eut lieu au milieu des années cinquante, alors que Disney partageait son temps entre Disneyland, trois séries de télévision (Mickey Mouse Club, Zorro et Disneyland) et un abondant programme de films en prises de vues réelles. Les scénaristes et animateurs de "La Belle au Bois Dormant" attendaient parfois des semaines avant que Disney puisse les rencontrer.
Le style de "La Belle au Bois Dormant" vient des célèbres tapisseries à la licorne que John Hench avaient vues au musée The Cloisters de New York. Hench avait montré à Disney des reproductions des tapisseries. "Oui, avait dit Disney, ça pourrait convenir pour "La Belle au Bois Dormant"."
Disney chargea Eyvind Earle de peindre les décors. Des années auparavant, Earie avait postulé un emploi aux anciens studios d'Hyperion Avenue. Refusé à l'époque, il avait passé onze ans à New York où il avait acquis une certaine renommée. Enfin engagé par Disney en 1951, il s'était rapidement imposé comme peintre de décor. Pour "La Belle au Bois Dormant", Earle trouva son inspiration chez des maîtres comme Dürer, Bruegel, Van Eyck ou Botticelli, aussi bien que dans l'art persan ou la gravure japonaise. Les paysages peints par Earle étaient une stylisation de l'art primitif. "Les arbres sont étêtés et tous les éléments doivent s'harmoniser sur le plan horizontal, faisait-il observer à l'époque. Les buissons, les rochers, la ligne d'horizon, tout est à l'horizontal Dans le style primitif, il n'y a pas de perspective."
Ces décors, impressionnants sur le plan visuel, se révélèrent un cauchemar pour les animateurs. « On n'arrivait pas à travailler dans le style gothique, c'était trop austère, raconte Frank Thomas. On ne pouvait pas insuffler la vie aux personnages ou à l'animation. Tout devait être conforme au style imposé. »
L'animation des fées exigea des soins tout particuliers. "J'ai découvert que les vieilles dames bougent en rebondissant, comme des jouets mécaniques, expliquait Thomas. Elles trottinent en se tenant droites. Elles font des gestes saccadés avec leurs bras. Elles gardent les mains loin du corps. L'explication de tout ça, c'est qu'elles ont peur de perdre l'équilibre, peur de tomber."
Disney a mis dans "La Belle au Bois Dormant" plus de temps (trois ans) et d'argent (six millions de dollars) que dans tout autre film. Mais il ne possédait ni l'humour ni le charme dont Disney savait d'ordinaire imprégner ses créations. Malgré ses qualités plastiques et le titanesque combat avec le dragon de la fin, les critiques trouvèrent "La Belle au Bois Dormant" prétentieux et le public le bouda. Le film ne rentra pas dans ses frais lors de la première sortie.
Piste Titre Compositeurs
1. Titre Principal (George Bruns) / J'en ai Rêvé (Sammy Fain-Jack Lawrence / N. Nahon) / Prologue (George Bruns)
2. Douce Aurore (Tom Adair-George Bruns / N. Nahon)
3. Les Dons des Fées (Tom Adair-George Bruns / N. Nahon) / L'Arrivée Inattendue (George Bruns) / Les Dons des Fées (Reprise) (Tom Adair-George Bruns / N. Nahon)
4. Que Tous les Rouets du Royaume Soient Brûlés (George Bruns) / Le Plan des Fées (George Bruns)
5. La Colère de Maléfique (George Bruns)
6. Une Petite Cabane dans les Bois (George Bruns)
7. L'Oiseau Bleu (George Bruns) / Je Voudrais (W.Hibler-T.Sears-G.Bruns/ N. Nahon)
8. Symphonie du Fond des Bois (George Bruns) / J'en ai Rêvé (Sammy Fain-Jack Lawrence / N. Nahon)
9. La Chanson du Sourire (George Bruns) / Bleu ou Rose ? (George Bruns)
10. Le Secret est Révélé (George Bruns)
11. Trinquons à ce Soir (T.Adair-E.Penner-G.Bruns / N. Nahon) / Une Querelle Royale (George Bruns)
12. L'Apparition du Prince Philippe (George Bruns) / Comment le dire à Stéphane ? (George Bruns)
13. Le Retour d'Aurore (George Bruns) / Le Terrible Sortilège de Maléfique (George Bruns)
14. Pauvre Aurore (George Bruns) / La Belle au Bois Dormant (George Bruns)
15. L'Aide des Bonnes Fées (George Bruns)
16. Le Prince Rêve à la Princesse (George Bruns)
17. Les Forces du Mal Combattent (George Bruns)
18. Le Réveil (George Bruns)
19. Final (J'en ai Rêvé) (Sammy Fain-Jack Lawrence / N. Nahon)