La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

"Une fois dans sa vie - et seulement une fois - un film sort, incomparable aux autres et auquel aucun autre ne peut être comparé. Un film qui écrit une nouvelle page dans l'histoire du cinéma. Un film qui a un tel écho universel qu'il est un pur délice au Père, à la Mère, aux Enfants, aux Grands-Parents et aux Petits-Enfants - peu importe qui. Vous l'avez fait - Mary Poppins."
                           Télégramme de Samuel Goldwyn à Walt Disney, 11 septembre 1964.

"LE PROJET POPPINS"

Lorsque Walt fit connaissance de "Mary Poppins" par l'intermédiaire de sa fille Diane dans les années 1940, il comprit immédiatement le potentiel de cette nurse aux pouvoirs magiques bien avant que le studio n'envisage d'en faire un film. Pendant des années, Walt va tenter d'obtenir les droits pour produire "Mary Poppins" de la romancière P.L. Travers - mais sans succès. Alors que les années passaient, Walt n'oublia jamais l'histoire de cette nurse aux pouvoirs magiques et il était certain, qu'un jour, il arriverait à ses fins.

Nous sommes désormais en 1958. Walt est désormais considéré comme un acteur majeur dans le domaine de l'animation, mais aussi du cinéma en prises de vues réelles, de la télévision et bien entendu dans la mise en oeuvre de Disneyland. Son nouveau label musical (Disneyland / Buena Vista Records) est même à l'origine de tubes comme "La Ballade de Davy Crockett" ou "How Will I Know My Love", cette dernière avec la participation de la star montante Annette Funicello.

Annette était si populaire que Jimmy Johnson, à la tête de Disneyland / Buena Vista Records, fut chargé de lui trouver des choses plus actuelles à chanter. Un jour, Moe Preskell, un employé du disque basé à New York, conduisait sur le Washington Bridge quand il entend une chanson qui serait parfaite pour Annette - "Tall Paul". Une fois qu'il fit connaissance avec les compositeurs, il téléphona en Californie et parla à Tutti Camarata. Salvador "Tutti" Camarata fut le premier directeur artistique du label et une légende à lui tout seul. Tutti contacta immédiatement les frères Sherman. En plus d'utiliser "Tall Paul", les frères furent chargés d'écrire différentes chansons Rock'n Roll pour la jeune starlette.

Un jour en juillet 1960, ces deux jeunes compositeurs arrivent au studio Walt Disney pour une réunion comme beaucoup d'autres avant. Cette fois, on leur demanda d'écrire une chanson pour Annette qui serait utilisée dans un film. Après avoir passé un week-end d'intense inspiration, ils n'écrirent pas seulement une chanson mais trois, juste au cas où. Un Jimmy Johnson apparemment stressé prévient le duo qu'il n'aime pas être appelé par M. Disney. Les deux visiteurs arrêtent leurs démos. Ce ne sera pas une réunion avec des cadres de l'édition musicale, mais avec Walt Disney lui-même.

Après être entrés dans le bureau de Walt, ils le trouvèrent assis derrière un bureau laqué noir portant un gilet de golf orange. Walt mit immédiatement les deux nouveaux venus à l'aise en plaisant sur le fait que ces deux compositeurs étaient frères. Après tout, c'était Walt et son frère aîné Roy qui fondèrent la société en 1923. Puis Walt commença expressément à raconter à eux deux une histoire de jumeaux aux parents divorcés qui conspiraient pour que leurs parents se remettent ensemble. Avec son inimitable talent de conteur, Walt expliqua toutes les nuances de l'histoire. Mais les deux frères étaient secoués. Il n'était pas là pour écrire les chansons d'un film. Avaient-ils mal compris ? Finalement, un des deux frères raconta nerveusement à Walt que le film qu'il venait de leur décrire n'était pas ce qu'ils avaient préparé. "Ah, pourquoi ne m'avez-vous pas arrêté ! Ecoutons ce que vous avez composé." Ils vont alors au piano et joue "The Strummin' Song", une des mélodies qu'ils avaient composé pour "The Horsemasters". Walt écouta et une fois qu'ils eurent fini, pesant sa réponse pendant quelques secondes, "Ca marche". Non seulement "The Strummin' Song" fut utilisée dans "The Horsemasters" mais on demanda aussi aux deux frères de composer plusieurs chansons pour le film que Walt leur avait précédement exposé - "The Parent Trap" ["La Fiancée de Papa"].

En quelques semaines les deux frères avaient des chansons pour plusieurs projets en production avec deux autres en route, mais aucun réel engagement du studio. Durant une réunion bien particulière, Walt atteint une étagère et se saisit d'un livre à la couverture rouge. Il se tourne vers les deux frères : "Avez-vous déjà entendu parler de Mary Poppins ?". Après cette rencontre, les jeunes compositeurs étaient pleins d'idées et en quelques semaines ils réalisèrent une série de morceaux et les jouèrent à Walt. Il fut très impressionné, "Vous pensez à l'histoire et c'est bien", puis il se pencha en arrière sur sa chaise, "Chantez-moi encore cette chanson sur la femme aux oiseaux. Une fois la chanson terminée, Walt resta silencieux. Il marcha à travers la pièce et s'assied sur un coin de canapé et feuilleta les partitions et les lignes de scénario que les frères avaient préparé et dit avec un sourire : "N'oubliez pas de stipuler les sept chansons que nous avons déjà sélectionnées quand ils rédigeront votre contrat." Contrat ? A ce moment, Walt Disney engagea sa première et unique équipe de compositeurs. Il était aussi en train de constituer l'équipe qui allait porter "Mary Poppins" à l'écran.

Les Sherman étaient alors embauché avec Don DiGradi pour faire une histoire unique à partir des nombreux livres de "Mary Poppins". En même temps que l'équipe travaillait sur plusieurs autres films sans rapport, ils continuaient à travailler sur le "Projet Poppins" sous la supervision de Walt. Une fois qu"une histoire cohérente et qu'un ensemble de chansons fut approuvée par Walt, Walt approcha encore une fois P.L. Travers afin d'obtenir les droits pour le cinéma. Cette fois, Mrs Travers accepta de venir au studio et voir ce qui avait été fait - avec l'idée que si elle aimait ce qu'elle voyait, elle pourrait donner son feu vert pour le film.

En 1961, P.L. Travers, Don DiGradi, Richard et Robert Sherman se retrouvèrent au studio. Pendant plusieurs jours, ils s'entassèrent dans le bureau des Sherman, évoquant le moindre des détails - Don, Richard et Robert raconteraient leur version de l'histoire, les Sherman joueraient au piano et Mrs Travers approuverait, désapprouverait et exposerait les idées qu'elle avait créée pour son personnage bien aimé. Heureusement pour nous, une grande partie de cette réunion fut enregistrée sur cassette (en tout, six heures d'enregistrement ont été conservés). Une fois que ces réunions furent terminées, Bill Walsh se joignit à la production et sur les conseils de Walt Disney, une ébauche de scénario fut écrit qui comprend une grande ressemblance avec ce que nous connaissons sous le nom de "Mary Poppins".

Voyant que "Mary Poppins" prenait de plus en plus un tour musical, les Sherman voulurent quelqu'un de la fameuse "Great White Way" (quartier des théâtres à New York) pour orchestrer leur musique dans le style de Broadway. Walt engagea immédiatement Irwin Kostal, qui avait remporté récemment un Oscar pour son travail sur "West Side Story" - et travaillerait ensuite sur la musique de "La Mélodie du Bonheur", "Chitty-Chitty Bang Bang" et "L'Apprentie Sorcière". Les arrangements incroyables de M. Kostal créa une texture musicale aussi immédiatement reconnaissable que Mary Poppins elle-même. En fait, ils sont considérés comme les meilleurs arrangements jamais mis sur papier et sont encore un sujet d'études dans les cours d'arrangement musical et ce à travers le monde. Pour la toute première fois, nous pouvons mettre la lumière sur le travail de M. Kostal en incluant la musique du film. C'est ici, sans la nécessité de mettre de la musique pour des voix, où vous pourrez être capable d'entendre par vous-même le pur génie de ces orchestrations - des douze glockenspiels pour donner vie au carousselle dans la séquence "Jolie Promenade", à l'utilisation de six cellulos et six violas pour obtenir le son hypnotique et apaisant de "Que vos Yeux Demeurent Ouverts". Son contrepoint musical de "Un Morceau de Sucre" et "Jolie Promenade" dans sa séquence de la course hippique est vraiment inspiré et finit par devenir un des moments musicaux préférés de Robert Sherman.

L'Histoire de la Bande Originale du Film

Cette édition du 40ème anniversaire est en fait la quatrième fois que cette magnifique bande originale du film sort. D'abord en 1964 (BV 4025) avec le film, l'album contenait seulement les chansons. En fait, des fins spécifiques et des ponts musicaux furent spécialement enregistrés pour l'album afin que les chansons puissent être utilisées comme des éléments vocaux de spectacle dans les longs passages instrumentaux qui soulignait le film. C'était une pratique courante à cette époque, et le principe de base était de considéré que l'auditeur moyen serait ennuyé par ces passages. Ainsi, "Un Morceau de Sucre", "Jolie Promenade" et "Entrons dans la Danse" avaient de grandes sections instrumentales supprimées. Cet album brisa tous les records et resta au TOP 10 du Billboard Chart pendant un nombre de semaines sans précédent.

En 1987, je fus engagé comme commis au département développement de produit de Walt Disney Records, je devais entretenir la salle d'archives des masters. Ce fut un délice absolu, puisque je suis maintenant en charge des tous les masters de tous les albums. Commej'épluchai souvent les cassettes et me les passais, je tomba sur une cassette marquée de façon inhabituelle. Il était étiqueté "Mary Poppins Pre-Demo". Ce que j'entendais était en réalité les chansons de Mary Poppins, mais il y avait également d'autres chansons sur cette cassette que je ne connaissais pas. En plus, ces chansons étaient interpétées par deux hommes avec seulement un piano comme accompagnement. Je réalisa bientôt que ces "deux hommes" n'étaient rien d'autres que les compositeurs eux-mêmes - Richard et Robert Sherman. "Quel petit trésor" pensais-je, et je remettais la cassette à sa place.

A cette époque, les Compacts Discs étaient encore nouveaux et nous étions en train de préparer le matériel pour ce qui seraient notre deuxième et troisième sortie de CD - les Volumes 1 et 2 de "The Disney Collection" (notre premier CD fut l'enregistrement numérique pour "Fantasia" d'Irwin Kostal). Un de mes premières tâches fut d'écouter tous les transferts de ces chansons pour "The Disney Collection" pour voir si j'entendais des grésillements dans les enregistrements et je devais les identifier. Je fus particulièrement surpris par la façon extraodinaire dont les chansons de "Mary Poppins" sonnaient. Peu de temps après ça, jedescendais à nouveau dans les réserves avec Ron Kidd, alors directeur du développement des produits. J'ai déjà mentionné comment grand les récentes sorties de CD de "The Disney Collection" sonnaient - en particulier les éléments de "Mary Poppins". Ce fut alors que je suggéra de restaurer et de remixer numériquement la bande originale de "Mary Poppins" pour une sortie en compact disc. Ron aima l'idée, puisque "Mary Poppins" était l'un de ses films préférés, mais il me dit que la compagnie de disques venait juste de ressortir l'album en cassette et en vinyl (BV 5005) et qu'il ne marchait pas très bien à la vente. Je fis remarquer que ce ne serait pas la même chose, que nous devrions aller en arrière et remixer l'album à partir des éléments originaux comme nous l'avions déjà fait pour "The Disney Collection" et,  à ma connaissance, personne n'avait encore numériquement remixé et restauré une bande originale de film en CD. Ron était déjà convaincu, mais il dit que ce serait un risque sans précédent puisque personne ne l'avait fait avant et nous devrions donner quelque chose de spécial pour donner une valeur ajoutée à un tel projet. Je retournais chercher le "Mary Poppins Pre-Demo", "Personne ne savait que c'était ici ?" la mâchoire de Ron tomba quand je lui expliquai ce qu'il y avait sur la cassette. Il apparut alors que personne ne connaissait l'existence de cette cassette. Un appel aux frères Sherman révéla qu'eux mêmes pensaient qu'elle avait été perdue depuis 25 années. En février 1989, Ron était au studio avec les frères Richard et Robert Sherman ainsi qu'Irwin Kostal pour mixer et masteriser la première sortie du CD de la bande originale de "Mary Poppins" (CD 016). Bien qu'ils étaient capables d'inclure tous les ponts musicaux qui avaient été supprimés comme je l'ai mentionné plus haut, ce projet était encore en expérimentation et certaines limitations étaient encore imposées. Deux des ces sacrifices concerna la musique originale et les six minutes de la séquence de la danse dans "Entrons dans la Danse".

En 1997, je devenais producteur en chef de plus de 12 restaurations de bandes originales de films et j'avais l'opportunité de revisiter la bande originale de "Mary Poppins" (60615). Bien que je pouvais restaurer les six minutes de "Entrons dans la Danse", la musique était encore absente. Cependant, je savais quand dans seulement sept ans, "Mary Poppins" fêterait ses 40 ans et je pourrais à nouveau revisiter la bande originale. Puis en 2000, on me donna une formidable opportunité. La famille Disney me demanda de restaurer 17 heures d'interviewes que Walt avait donné à sa fille Diane pour son livre - "L'histoire de Walt Disney". Cette interview restaurée fut utilisée dans le film "Walt : la naissance d'un mythe". Quand Richard Sherman - avec qui je suis maintenant devenu un ami proche - entendit ce que j'avais fait, il me parla d'un enregistrement qui lui semblait intéressant. Quelques jours plus tard, , il arriva à mon bureau avec six bandes magnétiques - c'étaient les rencontres autour du scénario de "Mary Poppins". Cela, en prévision du 40ème anniversaire de "Mary Poppins", était tout c dont j'avais besoin et avant que je le sache, je passais commande des enregistrements originaux de la session orchestrale sur trois pistes et construisit la bande originale dont j'avais rêvé 15 ans plus tôt.

Avec les chansons à nouveau mixées, pour la plupart, je me consacra sur la musique originale. Sachant que la plupart de ces chansons étaient montées ensemble pour les sorties présentes, je devais maintenant les emonter pour y inclure la musique oiginale. Un exemple de cela serait "Chem Cheminée Chem Chem Cheroo". Cette piste apparaissait sur le CD précédent et commençait avec une version de "Chem Cheminée". Mais il n'y avait pas de réelle fin à ce morceau. La reprise de cette piste, qui se produit quand la pluie commence à tomber et à mouiller les dessins à la fin de la séquence "Jolie Promenade", était montée sur la piste de "Chem Cheminée Chem Chem Cheroo" pour se terminer avec la mélodie de "Chem Cheminée". Maintenant, pour cette sortie, la piste colle plus au film et va de la séquence "Jolie Promenade" et la reprise est retournée à sa place correcte après "Supercalifragilisticexpialidocious". Aussi en retournant aux sessions d'enregistrement originaux, je pouvais inclure des morceaux de musique qui avaient été supprimés pour une question de temps. Par exemple, quand on rencontre Bert pour la première fois en homme-orchestre, nous entrons à mi-chemin à travers l'interprétation de "Jolie Promenade". Cependant, le morceau entier était enregistré par "l'orchestre"et est inclus ici dans son intégralité. Les mêmes prises de position pour la vérité pour la musique du Carrousselle qui vient après la danse des pingouins - il y avait plus d'enregistré que de réellement utilisé dans le film. Il y a des exemples cela à travers cette nouvelle bande originale. En fin, cette version de la bande originale de "Mary Poppins" est l'édition la plus complète jamais réalisée.

C'est comme une promenade pour cette remarquable bande originale - pour laquelle elle a prit presque autant de temps à finir que Walt avait mit de temps à obtenir les droits pour le cinéma. Mais, comme le chef-d'oeuvre de Walt lui-même, j'espère que vous trouverez que le résultat valait la peine d'attendre.

Randy Thornton,
27 août 2004.

MARY POPPINS 

Le réalisateur, Robert Stevenson, disparu en 1986, débuta sa carrière en Angleterre dans les années 30 (La Rose des Tudor, Les Mines du roi Salomon). Pris sous contrat par David O'Selznick, il s'exila bientôt aux États-Unis où il tourna notamment Back Street (1941) et Jane Eyre (1943). Dès 1956 (Le Fidèle Vagabond), il devint l'un des piliers des studios Disney.
Avant Mary Poppins, Julie Andrews s'était produite à Broadway dans les versions scéniques de My Fair Lady et Camelot. Un an plus tard, elle triomphait à nouveau dans La Mélodie du Bonheur de Robert Wise. Mariée au réalisateur Blake Edwards, Julie Andrews fut la vedette (en rupture des films de familles!) des comédies acides de ce dernier : Darling Lili, Top Secret, Ten, S.O.B., Victor Victoria ou C'est la vie !
L'action du livre de P.L. Travers se situait dans l'Angleterre du début des années 30. Disney, qui dut batailler pour obtenir le consentement de l'auteur, fâché avec les gens du cinéma, ne se contentera pas de rajeunir l'héroïne du conte (adieu Bette Davis). Il fit reconstruire en studio le Londres de l'époque édouardienne. Mary Poppins (1964) obtint cinq oscars. Un succès inusable de la maison Disney, dont les affiches proclament au fil des ressorties le côté toujours plus supercalifragilisticexpialidocious. Actrice et chanteuse trop méconnue des intellos, la douce et rousse "Julie Poppins" fait merveille dans ce classique des familles qui, en 1964, mêlait sans failles bons sentiments et drôlerie, des pingouins de cartoon et de superbes ballets de ramoneurs en chair et en suie. Disney truque mais l'émotion persiste.
José Gil

Ce film, qui mêle très efficacement photographies et séquences d'animation, est une des plus grandes réussites des studios Disney. C'est même un des plus grands succès de l'histoire du cinéma (records de recettes tant aux États-Unis qu'à l'étranger, et nombreux prix à la clé : meilleure actrice, meilleure chanson, meilleure musique, meilleur montage, meilleurs effets visuels)
Sylvie Devillette et Philippe Blanchet.

Entre Le Dragon Récalcitrant et la mort de Walt Disney, le studio réalisa plus de cinquante films à acteurs - et un nombre bien plus important de téléfilms. Le plus réussi d'entre eux fut Mary Poppins (1964). Adapté du récit de Pamela Travers, ce film fournit à Julie Andrews de spectaculaires débuts à l'écran et battit tous les records du box-office dans le monde entier. Walt Disney avait fait plusieurs tentatives pour obtenir les droits des histoires de Mary Poppins, probablement dans l'intention de les adapter en dessins animés. Ce fut seulement lorsqu'il rencontra Pamela Travers, à Londres, que celle-ci donna finalement son accord. À Burbank, Bill Walsh, personnage-clé - mais méconnu - du programme films à acteurs du studio, commença alors à travailler sur le scénario avec Don DiGradi. Initiateur de nombre de comédies loufoques de Disney, Walsh fut également coproducteur du film. Les frères Richard et Robert Sherman en écrivirent la musique et les chansons. Lorsqu'on en vint à choisir l'actrice qui jouerait la nounou aux pouvoirs magiques, on pensa immédiatement à Mary Martin ou Bette Davis. Mais Disney, qui avait vu Julie Andrews sur scène, dans Camelot, avait été très impressionné par ses talents. Outre qu'elle donna au personnage de Mary Poppins plus d'éclat qu'il n'en a dans le récit originel, Julie Andrews lui apporta son charme et son énergie, ainsi qu'une magnifique voix de chanteuse. Afin d'assurer la continuité du récit, Walsh et DiGradi modifièrent certains passages. Si le film fut loin, dès lors, d'être une traduction fidèle des intentions de Travers, il n'en possède pas moins des qualités propres. Le scénario est bien construit, la comédie bien traitée, les chansons remarquables. Et l'animation, lors des scènes cruciales, lui confère la touche caractéristique de Disney. Durant tout le film, le réel et l'imaginaire se combinent de manière inventive et crédible. En définitive, la mise à contribution de toutes les ressources de l'équipe Disney a permis de produire un film qu'aucun autre studio n'aurait probablement pu réaliser avec autant d'élégance.
Christopher Finch, L'Art de Walt Disney : de Mickey à Mulan